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mardi 19 août 2014

Participation aux 23h de la BD Turbomedia : As Animals

Coucou ! Vous vous rappelez de ma participation aux 23HBD ? Si, si, ma tentative de livrer une histoire de 80 écrans en Turbomedia en 23 heures. Bien sûr, j'avais chié à la porte et n'avais livré qu'une quarantaine de planches sur le site. Les voici maintenant disponibles sur la page Facebook rien que pour vous en Turbomedia également. Alors, heureux ?
*Attention, c'est pas pour les enfants !*


lundi 4 août 2014

-Test Jeu Vidéo - Blue Estate : transmédia transgressif

Introduction


Début novembre, à l'occasion de la Paris Game Week, votre serviteur prenait en main le prototype du jeu vidéo Blue Estate tiré du comic book éponyme de Viktor Kalvatchev paru chez Image Comics (USA) et Ankama (France).
Le jeu tournait alors sur PC dans une version bêta et mettait en avant son utilisation du fameux Leap Motion, l'outil de reconnaissance de mouvement pour PC ainsi qu'un humour totalement décalé.

8 mois ont passé depuis et le jeu est désormais sorti sur Playstation 4, sans leap motion mais avec une manette dotée d'un système de reconnaissance de mouvement et un humour toujours aussi grinçant. Mais cela suffira-t-il à en faire un grand jeu ou même, à défaut, une bonne adaptation ?


Blue Estate Origins : la finesse c'est pour les faibles

Blue Estate The Game est un vrai défouloir complètement déjanté : amateurs de politiquement correct, entrez à vos risques et périls !
Avant d’entrer dans des considérations techniques plus ou moins objectives, soyons clairs : s’il y a une chose qu’on ne pourra jamais reprocher à Blue Estate, c’est bien son honnêteté.
C’est simple, depuis les premières présentations du projet, jamais le jeu du studio He Saw ne s’est prévalu de réinventer la roue en tenant LE jeu révolutionnaire. Leur communication -discrète- portait surtout sur leur volonté de proposer une expérience de jeu fun et respectueuse de l’esprit du comic book d’origine.
Dans ces deux cas, la promesse est largement tenue, Blue Estate The Game est un vrai défouloir complètement déjanté : amateurs de politiquement correct, entrez à vos risques et périls !

Le menu d'accueil donne le ton.
 Le comic book Blue Estate avait des aspects de bestiaire humain dépeignant son lot d’individus pathétiques, caricatures hilarantes des personnages récurrents des films de gangsters de Guy Ritchie ou de Quentin Tarantino.
Cette dimension se retrouve dans le jeu vidéo qui nous permet de retrouver la plupart des personnages rencontrés dans les pages de la BD dans une histoire située chronologiquement avant les faits racontés dans le tome 1.  Une logique Transmédia dans laquelle on aurait aimé voir une plus grande implication d'Ankama l'éditeur français du comic book, notamment au niveau de la communication, hélas les voies de la gestion des droits sont impénétrables...

Tout commence lorsque le fils dégénéré du parrain local déclenche une guerre des gangs en ravageant le club de mafieux chinois juste pour récupérer sa strip-teaseuse de petite amie. Vont alors s’enchainer en 4 petites -mais intenses- heures de jeu des situations toutes plus démesurées et grotesques (dans le « bon » sens du terme) les unes que les autres et blindées de clins d'oeil à la pop culture, les meilleures se situant dans les niveaux où on incarne le second personnage jouable...et ce n'est pas par communautarisme primaire que je dis ça !

Le niveau en Jamaïque regorge de "méta-préjugés"

Fusillade explosive dans le sanctuaire d’une secte adoratrice d’un dieu-chihuahuas, combats clandestins dans une enseigne de restauration rapide  spécialisée dans le poulet, vol d’un plant de cannabis sacré à une horde de jamaïcains énervés (non, non, il n’y a aucun préjugé)…rien ne semble jamais trop gros et on se prend à se demander ce qui va nous tomber sur la tête au prochain tournant. 
D'aucuns diront que les gars du studio He Saw en font trop, les amateurs de blagues potaches, eux, seront aux anges, le fait est que Blue Estate ne s'économise jamais sur la gaudriole. 
Maintenant, c'est bien beau de faire le pitre, mais qu'en est-il du jeu en lui-même ?

Système de jeu : un chemin pavé d'or ?

la manette réagit merveilleusement bien et propose une utilisation sympathique du pavé tactile pour le corps à corps et les interactions avec le décor.

Abordons dès le début la question qui brûle les lèvres de ceux qui avaient vu le jeu tourner avec le Leap Motion. Passer d'un système de jeu sans contrôleurs grâce au Leap Motion à un gameplay à la manette ne gâche-t-il pas pas l'originalité du titre ?
Une interrogation toute légitime car, ne nous le cachons pas, Blue Estate The Game est un rail shooter tout ce qu'il y a de plus classique : on passe de tableau en tableau, ne contrôlant que le bras armé du héros et ses mises à couvert, en éliminant des vagues d'ennemis à l'intelligence artificielle particulièrement limitée. C'est la qu'intervient la reconnaissance de mouvement...à la Dualshock 4. Car oui, pas question d'utiliser le Playstation Move qui avait pourtant fait ses preuves sur des jeux similaires comme House of the Dead : Overkill - Extended Cut.
La raison ? Selon les développeurs, une meilleure réactivité à la manette qu'avec le Move.
Loin de moi l'envie de remettre leur jugement en question, d'autant plus que la manette réagit merveilleusement bien et propose une utilisation sympathique du pavé tactile pour le corps à corps et les interactions avec le décor.


Rien à redire sur ce choix donc, mis à part un réticule capricieux nécessitant d'être recentré régulièrement sous peine de tirer à côté de ses cibles. Ce n'est pas dramatique en soi, mais cela fait malheureusement sortir de l'action frénétique du jeu, rompant le sentiment d'immersion. Dommage.

Concernant les graphismes, si Blue Estate n'est pas le plus beau jeu de la PS4, la modélisation des personnages est plus qu'honorable, faisant honneur aux mimiques et plastiques de ces phénomènes de foires. Mention spéciale aux décors, fourmillant de détails et d'éléments destructibles, y compris les précieux abris où vous vous mettrez à couvert pour éviter de prendre une boulette mortelle.




Verdict


13/20 pour les profanes du comics 
15/20 pour ceux l'ayant déjà lu ou sensibles aux ambiances déjantées (les vrais quoi)

Jeu vidéo entier par son caractère mais pêchant un peu au niveau technique, Blue Estate : The Game nous livre une adaptation délicieusement déjantée vibrant de la même folie que le comic book disponible aux éditions Ankama. Il aurait été d'ailleurs appréciable d'avoir une possibilité d'enchainer sur celui-ci à la fin du jeu vidéo : un bundle "jeu vidéo + premier tome digital" aurait permis de mieux faire passer la pilule au moment de débourser les 19,99 € requis pour acquérir le titre sur le Playstation Network.




jeudi 27 mars 2014

Banshee, purgatoire à ciel ouvert : le sous-texte derrière la série B

  Avertissement
Attention, cet article contient des spoilers sur les deux saisons de Banshee : les spoilers sur la saison 1 seront visibles mais ceux sur la saison 2 (encore en diffusion sur Canal+ Series) seront dissimulés derrière des balises cliquables. Je vous recommande donc fortement de passer votre chemin si vous en êtes encore à la saison 1.

Mauvais genre


Banshee, c’est une peu comme cette fille un peu fruste que vous fréquentez en cachette, vous savez bien, celle qui vous procure des sensations si fortes que vous devez laver plusieurs fois vos tshirts après chaque rendez-vous. Celle que vous rechignez à présenter à vos amis de la « haute », de peur qu’ils ne remettent en question vos goûts en matière de finesse et votre perception du « beau ».

Non, Banshee n’est pas aussi fine qu’un House of Cards, elle n’a pas l’esthétique racée d’un Mad Men, elle ne saura pas faire montre de l’éloquence subtile d’un Breaking Bad en public.  Avec elle, il faudra aller au delà de ses atours un peu vulgaires emmenant les gens qui ne lui jettent qu’une œillade furtive à la cataloguer de série B pour bourrins. Il faut dire que dans le genre pitch raté, Banshee se place là :

« Banshee, une petite ville des Etats-Unis en territoire Amish, en Pennsylvannie, est quelque peu perturbée par un nouvel arrivant énigmatique, expert en arts martiaux, qui se fait passer pour le remplaçant du shérif récemment assassiné. Il a bien l'intention de faire régner la loi, mais à sa manière, concoctant des plans qui ne servent que son intérêt... »
Non, non, il ne s’agit pas du synopsis d’un spin-off de la série Le Rebelle avec Lorenzo Lama échappé des années 90. Ok, sa mise en scène outrancière un tantinet répétitive au niveau de sa construction ne plaide pas en sa faveur, je l’avoue. Mais pour peu que vous examiniez sa plastique, éclairés par les bons codes, vous découvririez que derrière ces traits bruts, se cache une beauté qui relève de l’antique, voire même du mythologique.

Comme un parfum de soufre

Dès la première saison, le passionné de symbolique et de théologie que je suis trouvait qu’il flottait comme un parfum de soufre au dessus de la série.
 Au début, je n’arrivais pas à me l’expliquer. Enfin, comme tout le monde, j’avais remarqué que le nouveau poulain du producteur de True Blood, réalisé par David Schickler et Jonathan Tropper ne faisait pas dans la dentelle. Mais gore et sexualisation outrancière faisant partie de nos quotidiens, ça n’allait pas être la mise en scène de saillies furieuses ou de sévices corporelles que ne renieraient pas les geôliers des pires prisons tchétchènes qui risquaient de m’ébranler.

Pourtant les épisodes de Banshee s’enchainant, un sentiment de fascination étrange s’installait en moi, sans que je n’arrive à mettre le doigt dessus. Ce n’est qu’à la moitié de la seconde saison que le puzzle s’est assemblé d’un coup dans ma tête : la ville de Banshee dans laquelle se déroule l’intrigue de la série n’est rien d’autre qu’un « purgatoire à ciel ouvert ».
Entendons-nous bien, quand je parle de purgatoire, cela n’a rien à voir avec les théories avancées par les fans de Lost pour tenter d’expliquer la fin fumeuse de la série de J.J Abrams. Les faits se déroulant dans Banshee sont bien réels, sans fioritures ni mysticismes capilotractés. La notion de purgatoire que j’évoque est entièrement symbolique et est construite autour de « biscuits » que les scénaristes de la série semblent avoir disséminés pour les initiés.

David Schickler, expert en théologie
option bourres-pifs
En effet, David Schickler, co-scénariste de la série indiquait dans une interview accordée à Barnes and Nobles (le plus gros libraire américain) en 2004 que le livre qui l’avait le plus influencé demeurait la Bible, et qu’il la lisait encore souvent. Il ajoutait qu’il avait également beaucoup lu Mythology d’Edith Hamilton (lecture obligatoire pour tout bon passionné de mythologies) lorsqu’il était au lycée. Dans un article de Forward (célèbre magazine américain autour de la culture juive) Jonathan Tropper, l’autre scénariste de la série, est décrit lors d’une interview comme étant un « passionné de films d’action avec un fort passé religieux ».
Notre hydre bicéphale avançait donc avec de solides références pour construire un récit bien viril mais riche en sous-texte.

Vous qui pénétrez ici, abandonnez tout espoir

Assez parlé du contexte de création de la série, passons aux petites conclusions auxquelles je suis arrivé en analysant les éléments de symbolique disséminés dans la série.

  • Purgatoire à ciel ouvert et cruelles mises à l'épreuve
La ville de Banshee constitue, comme je l’indiquais plus haut, une sorte de purgatoire, ou si je veux être précis, un Tartare homérique auquel les influences religieuses de David Schikler auraient mêlés des éléments de purgatoire chrétien.

Des personnages tels qu’Anastasia/Carrie Hopewell (Ivana Milicevic), l’usurpateur de l’identité du shérif Lucas Hood (Anthony Starr) ou Jason Hood (Harrison Thomas) le fils du vrai Shérif Hood dans la saison 2, y transiteraient pour expier leurs pêchés avec l’espoir d’accéder à une nouvelle vie. Dans le cas de Jason Hood ou encore Léonard Wicks (Michael Kostroff), l’ex codétenu du prétendu Lucas Hood (appelons-le Lucas Hood tant qu'on n'a pas son vrai nom) dans la saison 1, Banshee constitue réellement un point de passage où ils espèrent acquérir l’argent nécessaire pour se construire une nouvelle identité. Pour ce faire, ils essaieront de faire chanter l’usurpateur. L’occasion de souligner l’importance de l’argent dans cette série, celui-ci constituant en quelques sortes l’obole à fournir à Charon pour traverser l’Achéron vers le monde des vivants.
Spoilers saison 2 (click here)
Les « Hommes de bien » comme le Juge Gordon Hopewell (Rus Blackwell) et l'adjoint au Shérif Emmett Yawners (Demetrius Grosse) y connaitront également leur perdition mais à des moments où le choix leur sera donné face à l’adversité entre se laisser aller à leur nature animale ou à opter pour une conduite plus mesurée, plus chrétienne.
Spoilers saison 2 (click here)

  • Ce qui y « pousse » est corrompu ou meurt avant maturité
Max (Gabriel Suttle), le fils qu’Anastasia donne au Juge Hopewell souffre de graves complications respiratoires alors que Deva (Ryann Shane), conçue avec Lucas Hood, à l’extérieur de la ville, est bien portante physiquement.
Spoilers saison 2 (click here)


Les communautés vivant en périphérie de la ville sont elles aussi atteintes par l’aura viciée de Banshee. Les Amérindiens et les Amish voient les membres de leurs communautés petit à petit dégénérer, donnant naissance à des individus comme Chayton Littlestone (Geno Segers), Alex Longshadow (Anthony Ruivivar), Kai Proctor (Ulrich Tomsen) et Rebecca Bowman (la nièce de Proctor, interprétée par la très nubile lili Simmons), rongés chacun par un ou plusieurs pêchés capitaux comme la colère, la cupidité, l’envie ou encore la luxure (Proctor semble même tous les cumuler, le bougre). Dans de telles conditions, ces vénérables communautés se voient entachées par le meurtre ou l’inceste, leur foi et leur fierté tribale sombrant dans des extrémismes inconsidérés.  On notera d’ailleurs que la ville ne semble disposer d’aucun lieu spirituel tandis que les lieux de perdition y sont légion : motels crasseux, casino, club de strip-tease, bar de Sugar (Frankie Faison).
Spoilers saison 2 (click here)

  • Un lieu à ses propres règles dont on ne peut s'échapper

Les agents extérieurs « du bien et du mal » venant essayer d’influencer prématurément le destin des réfugiés de Banshee y décèdent violemment, comme si tout symbole d’autorité était rejeté par l’organisme de la ville. La preuve, le vrai shérif Lucas Hood trouve la mort alors qu’il essaie de faire prévaloir sa fonction dès le premier épisode de la saison 1, annonçant ainsi la couleur.
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Rabbit (Ben Cross), le père d’Anastasia perdra tous ses hommes et frôlera la mort en tentant de ramener sa fille hors de Banshee dans la saison 1.
Spoilers saison 2 (click here)
Le seul personnage habilité à faire l’aller-retour entre ce lieu d’expiation et le monde des vivants est Job (Hoon Lee), de par sa nature d’ « Hermaphrodite », comme s’il avait hérité des pouvoirs de son géniteur Hermès (c’est d’ailleurs un peu lui qui conduit l’âme du faux Hood à Banshee avec ses capacités informatiques quasi divines, il est quasiment capable d’effacer le passé des humains).

Hermès, ou plutôt son fils Hermaphrodite, reprenant
le rôle de son paternel pour les âmes de Banshee
Hermès dans "Die Seelen des Acheron" (1898) ; Adolf Hiremy-Hirsch

Spoilers saison 2 (click here)

Laissez-vous tenter...



Bien d’autres éléments symboliques jalonnent la série et font cogiter le grand malade que je suis, à commencer par l’opening et ses photos légèrement malsaines évoluant au fil des épisodes, mais l’article est en train de flirter dangereusement avec les limites du TLDR. Je m’arrêterai donc là pour l’instant.
Je soulignerai juste que la bande son à base de Folk aux accents souvent crépusculaires s’accorde parfaitement avec l’ambiance de la série et la sublime même parfois (Toute création artistique utilisant du Meg Myers dans sa bande son gagne d’office mon respect).

Au final, montrez Banshee à vos amis, paradez fièrement à son bras, car lorsque les sceptiques plongeront leurs yeux dans les siens, ils sauront qu’elle cache quelque chose de profond derrière sa façade rugueuse et ses atours un peu vulgaires.

En France, la première saison de Banshee a été diffusée par Canal+, la seconde est en cours de diffusion sur la décidément très réactive Canal+ Series. À noter que vous pourrez vous procurer légalement l'intégrale de la première saison en Blu-Ray à partir du 23 juillet selon le site de la Fnac.




samedi 22 février 2014

World Premiere Exclusive : "Justice League - The nearly movie"

Les plus anciens lecteurs de ce blog se souviennent peut-être de mon strip sur l'hypothétique vieux film "Justice League", voici la version animée réalisée de main de maître par ce génie mental de My Fuckin Mess.
Et pour d'autres bêtises du galopin, n'oubliez pas de vous abonner à sa chaine. Pour ma part, sa vidéo sur Skyrim restera parmi mes préférées à jamais ! Assholes team forever  yeah !

jeudi 23 janvier 2014

David Rubin : Mas que un dibujante -Partie 2

Préambule


Daphné Bürki, Alain Finkielkraut, Laurent Gerra, Cyril Hanouna, les plus grands intellectuels français sont tous d'accords, 2014 ne rime avec rien, ou tout du moins en français. Parce qu'en espagnol par exemple, 2014, ou dos mil catorce, rime avec Force et cela tombe bien, car il en sera question dans ce nouvel article sur David Rubin, un auteur BD Espagnol qui risque de faire beaucoup parler de lui cette année.
Si précédemment je me concentrais sur l'homme, l'artiste, cette fois-ci il sera plus question de ses œuvres, passées, actuelles et à venir, et vous verrez qu'il y a de quoi faire, tant notre Galicien se montre prolifique.


Hors d'atteinte, Le salon de thé de l'ours Malais, Le héros : L'arrivée en France grâce aux éditions Rackham 


Si elles sont moins connues que des mastodontes comme Dupuis ou Glénat, les éditions Rackham ont beaucoup apporté au paysage BD français, tout d'abord en participant à la diffusion de la bande dessinée indépendante franco-belge (on trouve dans leur catalogue quelques travaux de jeunesse de grands noms comme Lewis Trondheim et Pascal Rabaté), mais aussi d’œuvres étrangères comme le "300" et le "Sin City" de Frank Miller publiés avant qu'ils ne soient auréolés de la gloire populaire qu'on leur connait aujourd'hui grâce à leurs adaptations ciné.
Bref, de vrais artisans de la diversité éditoriale qui continue aujourd'hui avec la publication des premières BD de jeunes auteurs comme Sean Ford ("Only Skin") ou justement celles de notre intéressé David Rubin.
Commençons par le commencement en Novembre 2008 avec tout d'abord :

Hors d'atteinte.

Avec cette BD de 60 pages, David Rubin présente aux lecteurs ce qui deviendra sa marque de fabrique :
Un traitement régulier de la figure héroïque, un ton résolument mélancolique et enfin trait inimitable, métissage entre ses racines européennes et ses nombreuses influences japonaises et américaines (qui a dit "Paul Popien" ?)

On y suit la romance contrariée de deux âmes sœurs, Ulyses, un homme dont les démons intérieurs le pousseront à s'enfoncer dans une existence violente de vigilante urbain, le séparant inexorablement d'Ana, une femme magnifique ayant tâché de l'aider à supporter son lourd fardeau, désormais mariée à un homme plus mesuré. Un récit à la fois tragique et beau, abordant les recoins obscurs de l'âme humaine et ses pulsions auto destructrices qui l'agitent dès qu'elle s'approche trop près du bonheur.
Une sorte de psychanalyse sur fond d'héroïsme, introduction parfaite aux thèmes récurrents des œuvres de David Rubin et en particulier à la seconde proposée par les éditions Rackham :

Le salon de thé de l'ours Malais (mars 2011)

Première vraie claque "Rubinesque", cette bande dessinée articulée, comme son nom l'indique, autour d'un salon de thé tenu par un vieil ours offrant des collations bien utiles pour panser les blessures du corps et de l'âme de sa clientèle. Un amoureux maudit, un super héros confronté à la vulnérabilité de ses proches, un père de famille transformé en monstre par l'alcool...autant de personnages aux destins amers qui viendront chercher en ces lieux un réconfort ou juste une pause dans leur course inexorable vers le néant. Toutefois tout n'est pas noir dans "Le salon de thé de l'ours Malais",  parfois un rai de lumière traverse les rideaux de l'établissement et redonne espoir aux clients, les poussant à combattre courageusement l'adversité avec une force nouvelle.
Cet ouvrage, sans donner de leçons, nous amène à nous interroger sur l'existence humaine, il n'est d'ailleurs pas impossible que vous vous reconnaissiez dans certaines des histoires (pas dans toutes, je l'espère pour vous). David Rubin montre qu'il peut allègrement jouer dans la cours des grands en maîtrisant habilement le changement de registres narratifs d'un récit à l'autre.
Cette pluralité de tons, nous la retrouverons dans le troisième impact de notre homme  :


Le héros (Tome 1 en septembre 2012, tome 2 en octobre 2013)

Une réinterprétation moderne sublime du mythe d'Héraclès, figure mythologique du héros dans sa plus pure définition, père hellénique des icônes en capes et spandex modernes. Lors de l'intro du tome 1, David Rubin représente le petit garçon qu'il était lisant des comic books et se prenant à rêver de mettre en image des histoires héroïques lorsqu'il sera plus grand. On peut d'ores et déjà dire que c'est chose faite avec "Le héros" et son Héraclès.

L'histoire reprend dans les grandes lignes le mythe d'Héraclès avec quelques prises de liberté comme le fait qu'Eurysthée soit le frère jumeau de notre héros tout en gardant le lien de servitude les unissant et qui oblige Héraclès à accomplir douze travaux dignes des quêtes d'un bon vieux RPG : occire des bestiaux malfaisants, ramener des artefacts rares etc.
Héraclès obtiendra au fil de ses exploit un statut de héros, gagnant l'admiration des foules et encore plus de haine de la part de sa marâtre Héra. Celle-ci ne supportant pas de voir respirer le fruit de l'adultère de son époux Zeus et qui, par l'intermédiaire d'Eurysthée, tâchera de le précipiter vers sa perte. En effet, tout comme dans la mythologie grecque, Zeus se montre aussi fidèle qu'un homme de son rang peut l'être et sème des rejetons aux quatre coins de la Grêce, Héraclès est l'un d'entre eux (pas Eurysthée, par un habile mic-mac de fécondation mystique).

Personnage héroïque mais non christique, bourré de failles et de doutes, Héraclès laissera bien souvent son humanité imparfaite prendre le pas sur son statut de demi-dieu pour embrasser les parts les plus noires de sa personnalité face à l'adversité. A certains moments moments, jugeant son fardeau trop lourd pour ses épaules musclées, Héraclès cède à la tentation de renoncer et au chant des sirènes de l'auto-destruction et c'est en cela qu'il est si proche de nous. Histoire aussi intemporelle qu'anachronique (difficile de situer une époque où on porte aussi bien le Chiton que le sweat-shirt sportswear), on ne peut s'empêcher d'éprouver une forte empathie pour ses héros. En effet, Héraclès n'est pas le seul personnage emblématique à être dépeint par David Rubin, et bon nombre d'entre eux, également empruntés à la mythologie grecque, se retrouvent à êtres les jouets d'une destinée qui ne prend pas de gants. 
Même Eurysthée, malgré la fourberie qu'il déploie pour perdre Héraclès, s'avère être un pantin bien obligé de servir une volonté qui le dépasse : la malédiction de son frère aura au final touché les deux jumeaux, comme si le liquide amniotique avait servi à diffuser le venin de Héra. Terminons-en d'ailleurs avec cette dernière, personnage pathétique s'il en est, que la douleur de la trahison qu'elle a vécu transformera peu à peu en monstre, jusqu'à la consumer entièrement.

Bref, la liste des victimes de cette farce sinistre qu'est la vie est longue et mais les 600 pages de l'histoire ne nous dépeignent pas qu'une tragique descente aux enfers, il y sera également question d'espoir, de rédemption et même de moments de joie (sans verser dans la gaudriole bien sûr).
En deux tomes, "Le héros" aura su entrer au panthéon de mes bandes dessinées préférées, et je dois dire qu'en tant que dessinateur amateur, je suis parfois un peu jaloux du talent de David Rubin qui a su insuffler dans son récit ce qu'il faut de mélancolie en plus d'un caractère résolument épique. Un must.

Beowulf, le passage chez Casterman et Aurora West, la collaboration avec Paul Pope


Il fallait s'en douter, à force de faire autant de bruit, David Rubin finit par attirer l'attention de plus gros éditeurs que Rackham, ainsi "Beowulf" (Novembre 2013, Astiberri), son dernier travail avec Santiago Garcia au scénario sera publié aux éditions Casterman qui auront su peser de tout leur poids pour ravir le dessinateur à l'éditeur qui l'avait fait connaitre en France.

Sale histoire ou ordre des choses, je ne me permettrai pas d'émettre ici un jugement sur cette ce changement d'écurie : le monde de l'édition est bien plus complexe qu'il n'y parait. Ce que l'on doit retenir de l'histoire, c'est qu'une autre histoire de David Rubin sera publiée sous nos latitudes, et rien que pour cela, il convient de ranger nos orgues à polémiques.
David Rubin sait également séduire ses pairs comme le très hyperactif surdoué Paul Pope qui lui confiera le dessin du spin-off de sa série "Battling Boy", "The rise of Aurora West"...Comme je le disais au tout début de l'article, le coup de crayon des deux artistes est semblable en de nombreux points, les lecteurs de la série principale ne seront donc pas trop dépaysés par ce changement de dessinateur.

"Beowulf" sortira en France chez Casterman le 07 mai 2014 prochain.
"The rise of Aurora West" est prévu quant à lui pour le 30 septembre chez "First Second" (d'ores et déjà disponible en précommande à pas cher sur The book depository), "Battling Boy" étant publié chez nous par Urban Comics, ce sera logiquement la branche comics de Dargaud qui s'occupera de la publication française.

Dans le premier tome de "Le héros", David Rubin se représentait enfant lisant des comic books, se prenant à rêver pouvoir donner un jour vie à des histoires fantastiques tel les auteurs qui nourrissaient son jeune imaginaire. Aujourd'hui c'est définitivement chose faite, et il y a fort à parier que l'auteur Espagnol deviendra rapidement à son tour une source d'inspiration pour les futures générations de dessinateurs.