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mardi 23 octobre 2012

City Hall : La plume plus forte que l'épée

Préambule

Cela fait un petit moment qu'un violent doute m'assaille au sujet d'une peuplade, et il ne s'agit pas des kényans (si si, j'ai osé...), mais plutôt de ces diables de Montpelliérains.


Le premier impact fut Dreamland de Reno Lemaire, j'étais sur le point de passer ce rite moderne de passage vers le chômage l'âge adulte qu'est le BAC. Le constat était plaisant, une bande dessinée française adoptant les codes du manga dans son découpage et ses graphismes mais ne s'entêtant pas à faire du japonais. 


Ce renard de Reno réussissait à servir une histoire parlant à tous ceux qui vivaient le quotidien d'un lycéen français, galères scolaires, potes, amourettes... 



Mais Dreamland, c'est surtout une ode au rêve dans des environnements familiers, (en particulier si vous vivez à Montpellier). Terrence, le héros à des journées bien chargées et, chaque nuit, parcourt librement le royaume des rêves depuis qu'il a vaincu sa peur du feu. Je reste fan malgré une déconvenue rageante sur le stand de Pika à la Japan Expo 2012 qui m'a notamment empêché de remettre le fanart ci-dessus à l'auteur.



La seconde claque arrivait à la fin de ma première année d'université avec Debaser, la BD d'anticipation socialo-musicale de l'irrévérencieuse Raphaëlle Marx alias Raf. Encore une fois, les codes étaient empruntés aux productions nippones et en particulier à ses animateurs les plus tarés.

 Graphiquement décalée et dotée d'une action épileptique, cette BD aux influences métissées prend place en France, dans un futur pas si éloigné que ça, où les majors règnent en maitre sur l'industrie musicale, imposant une musique formatée et aseptisée à une population biberonnée à la télé réalité.

Une sorte d'idiocracie musicale à la française que Josh et Anna, deux jeunes bien véners, vont tenter de défoncer à grands coups de gratte rageuse. La série est aujourd'hui achevée en 8 tomes chez Ankama mais continue sous forme de BD numérique sur le site de Spunch Comics avec tout plein de belles Bédés, de dessinateurs très swags.
La "sexycace" de ma sempaï (Japan Expo 2012)


Et comme on le dit, jamais deux sans trois et c'est à l'occasion de la Japan Expo 2012 que j'ai de nouveau pris une praline occitane. Son nom, City Hall. Les responsables, Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre.


The Papercut Chronicles

Imaginez un monde sans papier ni stylos, un monde où l'écriture a été proscrite, à l'exception des tablettes numériques. Rien de bien surprenant quand on constate le désamour constant pour le support papier...sauf lorsque l'action se situe au 18ème siècle. Ça, mes chers amis, ça s'appelle une uchronie, une réécriture de l'histoire en modifiant le passé. Pour le coup, dans City Hall, si la technologie numérique s'est développée aussi vite aux détriments du papier, c'est parce que cette matière a été transformée par l'Homme en arme de destruction massive pour qui disposait d'un peu d'encre et d'imagination.

"Oh la repompe éhontée sur Death Note !" pourraient s'écrier certains d'entre vous, qu'ils se détrompent tout de suite. Si Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre semblent être de grands fans de leurs homologues japonais Tsugumi Oba et Takeshi Obata, l’œuvre du duo nippon à laquelle ils ont le plus emprunté est plutôt bakuman pour les caractéristiques physiques des héros et les rapports qu'ils entretiennent.
En effet, dans City Hall, l'écriture constitue une arme, mais les écrivains n'ont pas un pouvoir de vie et de mort direct sur leurs congénères : s'ils veulent ôter la vie, ils doivent le faire par le biais de Papercuts, des êtres nés de leur plume et de leur imaginaire.


Après l'interdiction du papier, ces êtres disparurent de la circulation, puis de la mémoire des Hommes...jusqu'à ce qu'un incident aux circonstances troublantes ne survienne et ne précipite les héros de l'histoire dans une aventure où se mêleront dangers, sombres machinations et complots bien anxiogènes.


Hommes de lettres

Malcolm "X" Little




Dans un monde où la vivacité d'esprit constitue une arme potentielle, quoi de plus normal que de retrouver en figures principales, deux des plus grands écrivains de leur époque : le téméraire et arrogant fonceur Jules Verne ("20000 lieues sous les mers") et le très posé et réfléchi Sir Arthur Conan Doyle ("Sherlock Holmes"). Certes, historiquement parlant, ils ne font pas partie de la même génération, mais on a envie de croire en la complicité décrite par le duo d'auteurs. D'ailleurs, il ne s'agit pas là de la seule liberté chronologique de City Hall, et nos deux héros se retrouvent à fréquenter un Malcom "X" Little, propulsé maire charismatique de la "City" ou alors à croiser au détour d'une page un George Orwell,  sous les traits d'un journaliste perspicace. Mais ces grands Hommes de lettres ne sont pas tous représentés en servants de la justice, et Mary Shelley, l'auteure de "Frankenstein"campe une intrigante aux motivations troubles...oui, la figure féminine de la littérature dans City Hall est visiblement une méchante, mais tout dans le raffinement et la grâce, poursuivant ses propres objectifs en épaulant Lord Black Fowl, la némésis de nos héros.

Action, ré(d)action, tel est le quotidien de Jules et Arthur face à des imprévus en cascade


Copie parfaite ?

Vous avez dû le comprendre, j'ai beaucoup apprécié les deux premiers tomes de City Hall, mais, les aventures de notre "duo dynamique" ne sont pas exemptes de tout reproches...enfin, plus que des reproches, il s'agit d'appréciations relatives à mes goûts personnels.
Le premier de ces points noirs concerne donc l'humour, omniprésent dans City Hall, il rompt avec la gravité des évènements et est souvent le fait de Jules et Arthur. Le "problème", pour moi, vient de la pureté, de la gentillesse de cet humour et de nos héros, même s'ils sont capables de faire preuve d'espièglerie. 
Il n'y a pas de place pour le cynisme dans le cœur de nos deux amis et leur alignement est définitivement positif, tout comme celui de leur alliée, la sexy Amélia Earhart, célèbre aviatrice américaine qui récupère au passage des dons de tireuse émérite (décidément, City Hall regorge de femmes fortes). 


Seuls les personnages secondaires et les "méchants" bénéficient d'une lecture à plusieurs étages et, du coup, en deviennent bien plus intéressants.
Faites pas ces têtes là, je vous aime bien hein (surtout Amélia en fait)

Heh, cela est-il vraiment un défaut de vouloir livrer une œuvre marquée d'optimisme et de bonne volonté ? Ce n'est pas plus mal de temps en temps d'avoir affaire à de vrais héros, comme ceux des dessin animés de notre enfance, mais je pourrais comprendre que cela puisse mal passer pour certains cœurs asséchés.

Verdict

Pas de véritables défauts donc pour ces deux premiers tomes de City Hall, et je dois dire que je suis assez impatient de voir la suite prévue pour le printemps 2013, surtout depuis que Guillaume Lapeyre a annoncé que si cet arc constituait bien une trilogie, cela ne signifiait pas la fin de la série (interview disponible sur le site de Luxuriantbd).
Un must have pour les fans d'uchronies aux senteurs de steampunk, d'aventure à l'ancienne et d'univers aux backgrounds et personnages bien fouillés.
Merci encore une fois à Ankama d'avoir permis cette alchimie audacieuse entre BD franco-belge et manga, en ne se focalisant non pas sur les conventions ou la tendance du moment, mais bel et bien sur le talent et les idées.
Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre signent avec ce mélange des genres, une des plus belles surprises de 2012.
Les auteurs dans leur environnement steampunk signé par l'asso Steamrocket (Japan Expo 2012)

Vive Montpellier, vive Roubaix et surtout vive la bande dessinée, sans carcans ni frontières !

Fanart de votre serviteur pour les auteurs
Dédicace des auteurs pour votre serviteur





















Fiche produit
Titre : City Hall
Nombre de tomes : 2/3
Année de publication : 2012-
Editeur : Ankama
Disponibilité : 7.95€ dans toutes les bonnes crèmeries ou sur Amazon à 7.55€ (Tome 1 et Tome 2)


lundi 8 octobre 2012

Dishonored : un déshonneur si facile à porter

Introduction

 

Ceux qui suivent l'actualité vidéo-ludique et qui ne se cantonnent pas aux suites de grosses licences (dont je ne critique nullement la qualité, hein !), savent sûrement que demain, le 09/10/2012, sort mon coup de cœur de l'année, j'ai nommé Dishonored.


Dishonored, c'est ce jeu à l'ambiance complètement folle dont j'avais déjà parlé dans un post sur le courant steampunk et qui base sa force sur la diversité d'approches permises par ses multiples mécaniques de gameplay.
Que vous ayez une âme bourrine ou que vous préfériez suriner dans le feutré, ce titre vous donne une foultitude d'alternatives pour arriver à vos fins.

Dans le port de Dunwall

 

Et vos fins, parlons-en justement  : dans la très victorienne cité de Dunwall, vous incarnez Corvo Attano, un garde du corps déchu, accusé de l'assassinat de son impératrice. Alors que vous pourrissez dans vos geôles, un être mythique issu des contes de votre cité, l'Outsider, vous rend une petite visite et vous dote de sa marque, vous donnant l'opportunité de laver votre honneur...Vous vous retrouvez alors affublés d'une tripotée de capacités allant de la possession d'êtres vivants, à la téléportation ou même au contrôle du fil du temps. Armés de ces capacités hors du commun et d'armes plus ou moins létales, vous serez libres de remplir vos missions en les combinant comme vous le souhaitez.

C'est là, le coup de génie des gars d'Arkane Studio, offrir une liberté d'approche démente au joueur. Vous en avez marre des séquences d'infiltrations scriptées ou des jeux en couloirs avec des  embranchements factices ? Dishonored est fait pour vous,  et si les traits du héros restent invariablement ceux-masqués-de Corvo, vous modèlerez le gameplay à votre image.

Voir Dunwall et mourir

 

Mais bon, assez parlé des briques de gameplay, vous vous rendrez bien vite compte de ce qu'il en est une fois le pad en main. Ce dont je veux vous parler pour finir, concerne l'ambiance du jeu.
You're entering a world of pain.

Comme je l'ai assez souvent répété, elle se rapproche du steampunk et est marquée par une noirceur et un sentiment d'oppression. Une oppression délivrée aussi bien par la quarantaine que subit le bas peuple de Dunwall du fait de la peste, que des complots qui se trament en coulisse chez les nobles. De l'atmosphère qu'on imagine empuantie par les relents d'huile de baleine, principale ressource de la cité, au système politique particulièrement inégalitaire et répressif, tout semble poisseux dans cette ville.

Dream team artistique

 

Viktor Antonov
Sébastien Mitton
Tout pour plaire en somme, surtout lorsque la direction artistique  est signée par les talentueux Viktor Antonov et Sébastien Mitton et que le compositeur de la série Dexter, Daniel Licht se charge de la musique. Le studio français Arkane Studio sait indubitablement mobiliser les talents.
Daniel Licht


J'ai eu la chance d'assister à l'exposition Dishonored à la Fnac de Saint Lazare et comme vous pouvez le voir, certaines illustrations méritent plus leur place dans des galeries d'art que certaines fumisteries contemporaines.



 

Supputations et mot de la fin : une histoire de Corbeau...

 

Lorsque j'ai vu le premier trailer de Dishonored, j'ai d'abord cru à un jeu adapté de la célèbre série de roman "La compagnie noire" de Glen Cook, ou tout du moins adapté de l'histoire d'un de ses personnages, Corbeau (Raven en V.O). Tout d'abord par la déchéance du personnage qui devait parader peu de temps auparavant au milieu du beau monde.
Corbeau était un noble d'une cité prospère qui suite à des manigances frôla la mort et dû quitter sa ville, non sans avoir exercé sa terrible vengeance...
Band of Brothers au pays des salopards en armure

Je sais, il s'agit d'un rapprochement capilotracté basé sur un sentiment subjectif mais ce n'est pas le nom du héros, Corvo (corbeau en portugais) qui m'aidera à le chasser. Quoiqu'il en soit, vue de l'esprit ou véritable clin d’œil, le fait d'associer Dishonored à ces romans chers à mon coeur a, je crois, beaucoup contribué à me le mettre dans la peau.
Merci à Bethesda et à Arkane Studio de nous démontrer qu'il est encore possible d'innover dans le paysage vidéo-ludique actuel et de créer un jeu Original. Mesdames et messieurs, ceci est mon GOTY (jeu de l'année).
Mon humble hommage