Banshee, purgatoire à ciel ouvert : le sous-texte derrière la série B

  Avertissement
Attention, cet article contient des spoilers sur les deux saisons de Banshee : les spoilers sur la saison 1 seront visibles mais ceux sur la saison 2 (encore en diffusion sur Canal+ Series) seront dissimulés derrière des balises cliquables. Je vous recommande donc fortement de passer votre chemin si vous en êtes encore à la saison 1.

Mauvais genre


Banshee, c’est une peu comme cette fille un peu fruste que vous fréquentez en cachette, vous savez bien, celle qui vous procure des sensations si fortes que vous devez laver plusieurs fois vos tshirts après chaque rendez-vous. Celle que vous rechignez à présenter à vos amis de la « haute », de peur qu’ils ne remettent en question vos goûts en matière de finesse et votre perception du « beau ».

Non, Banshee n’est pas aussi fine qu’un House of Cards, elle n’a pas l’esthétique racée d’un Mad Men, elle ne saura pas faire montre de l’éloquence subtile d’un Breaking Bad en public.  Avec elle, il faudra aller au delà de ses atours un peu vulgaires emmenant les gens qui ne lui jettent qu’une œillade furtive à la cataloguer de série B pour bourrins. Il faut dire que dans le genre pitch raté, Banshee se place là :

« Banshee, une petite ville des Etats-Unis en territoire Amish, en Pennsylvannie, est quelque peu perturbée par un nouvel arrivant énigmatique, expert en arts martiaux, qui se fait passer pour le remplaçant du shérif récemment assassiné. Il a bien l'intention de faire régner la loi, mais à sa manière, concoctant des plans qui ne servent que son intérêt... »
Non, non, il ne s’agit pas du synopsis d’un spin-off de la série Le Rebelle avec Lorenzo Lama échappé des années 90. Ok, sa mise en scène outrancière un tantinet répétitive au niveau de sa construction ne plaide pas en sa faveur, je l’avoue. Mais pour peu que vous examiniez sa plastique, éclairés par les bons codes, vous découvririez que derrière ces traits bruts, se cache une beauté qui relève de l’antique, voire même du mythologique.

Comme un parfum de soufre

Dès la première saison, le passionné de symbolique et de théologie que je suis trouvait qu’il flottait comme un parfum de soufre au dessus de la série.
 Au début, je n’arrivais pas à me l’expliquer. Enfin, comme tout le monde, j’avais remarqué que le nouveau poulain du producteur de True Blood, réalisé par David Schickler et Jonathan Tropper ne faisait pas dans la dentelle. Mais gore et sexualisation outrancière faisant partie de nos quotidiens, ça n’allait pas être la mise en scène de saillies furieuses ou de sévices corporelles que ne renieraient pas les geôliers des pires prisons tchétchènes qui risquaient de m’ébranler.

Pourtant les épisodes de Banshee s’enchainant, un sentiment de fascination étrange s’installait en moi, sans que je n’arrive à mettre le doigt dessus. Ce n’est qu’à la moitié de la seconde saison que le puzzle s’est assemblé d’un coup dans ma tête : la ville de Banshee dans laquelle se déroule l’intrigue de la série n’est rien d’autre qu’un « purgatoire à ciel ouvert ».
Entendons-nous bien, quand je parle de purgatoire, cela n’a rien à voir avec les théories avancées par les fans de Lost pour tenter d’expliquer la fin fumeuse de la série de J.J Abrams. Les faits se déroulant dans Banshee sont bien réels, sans fioritures ni mysticismes capilotractés. La notion de purgatoire que j’évoque est entièrement symbolique et est construite autour de « biscuits » que les scénaristes de la série semblent avoir disséminés pour les initiés.

David Schickler, expert en théologie
option bourres-pifs
En effet, David Schickler, co-scénariste de la série indiquait dans une interview accordée à Barnes and Nobles (le plus gros libraire américain) en 2004 que le livre qui l’avait le plus influencé demeurait la Bible, et qu’il la lisait encore souvent. Il ajoutait qu’il avait également beaucoup lu Mythology d’Edith Hamilton (lecture obligatoire pour tout bon passionné de mythologies) lorsqu’il était au lycée. Dans un article de Forward (célèbre magazine américain autour de la culture juive) Jonathan Tropper, l’autre scénariste de la série, est décrit lors d’une interview comme étant un « passionné de films d’action avec un fort passé religieux ».
Notre hydre bicéphale avançait donc avec de solides références pour construire un récit bien viril mais riche en sous-texte.

Vous qui pénétrez ici, abandonnez tout espoir

Assez parlé du contexte de création de la série, passons aux petites conclusions auxquelles je suis arrivé en analysant les éléments de symbolique disséminés dans la série.

  • Purgatoire à ciel ouvert et cruelles mises à l'épreuve
La ville de Banshee constitue, comme je l’indiquais plus haut, une sorte de purgatoire, ou si je veux être précis, un Tartare homérique auquel les influences religieuses de David Schikler auraient mêlés des éléments de purgatoire chrétien.

Des personnages tels qu’Anastasia/Carrie Hopewell (Ivana Milicevic), l’usurpateur de l’identité du shérif Lucas Hood (Anthony Starr) ou Jason Hood (Harrison Thomas) le fils du vrai Shérif Hood dans la saison 2, y transiteraient pour expier leurs pêchés avec l’espoir d’accéder à une nouvelle vie. Dans le cas de Jason Hood ou encore Léonard Wicks (Michael Kostroff), l’ex codétenu du prétendu Lucas Hood (appelons-le Lucas Hood tant qu'on n'a pas son vrai nom) dans la saison 1, Banshee constitue réellement un point de passage où ils espèrent acquérir l’argent nécessaire pour se construire une nouvelle identité. Pour ce faire, ils essaieront de faire chanter l’usurpateur. L’occasion de souligner l’importance de l’argent dans cette série, celui-ci constituant en quelques sortes l’obole à fournir à Charon pour traverser l’Achéron vers le monde des vivants.
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Les « Hommes de bien » comme le Juge Gordon Hopewell (Rus Blackwell) et l'adjoint au Shérif Emmett Yawners (Demetrius Grosse) y connaitront également leur perdition mais à des moments où le choix leur sera donné face à l’adversité entre se laisser aller à leur nature animale ou à opter pour une conduite plus mesurée, plus chrétienne.
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  • Ce qui y « pousse » est corrompu ou meurt avant maturité
Max (Gabriel Suttle), le fils qu’Anastasia donne au Juge Hopewell souffre de graves complications respiratoires alors que Deva (Ryann Shane), conçue avec Lucas Hood, à l’extérieur de la ville, est bien portante physiquement.
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Les communautés vivant en périphérie de la ville sont elles aussi atteintes par l’aura viciée de Banshee. Les Amérindiens et les Amish voient les membres de leurs communautés petit à petit dégénérer, donnant naissance à des individus comme Chayton Littlestone (Geno Segers), Alex Longshadow (Anthony Ruivivar), Kai Proctor (Ulrich Tomsen) et Rebecca Bowman (la nièce de Proctor, interprétée par la très nubile lili Simmons), rongés chacun par un ou plusieurs pêchés capitaux comme la colère, la cupidité, l’envie ou encore la luxure (Proctor semble même tous les cumuler, le bougre). Dans de telles conditions, ces vénérables communautés se voient entachées par le meurtre ou l’inceste, leur foi et leur fierté tribale sombrant dans des extrémismes inconsidérés.  On notera d’ailleurs que la ville ne semble disposer d’aucun lieu spirituel tandis que les lieux de perdition y sont légion : motels crasseux, casino, club de strip-tease, bar de Sugar (Frankie Faison).
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  • Un lieu à ses propres règles dont on ne peut s'échapper

Les agents extérieurs « du bien et du mal » venant essayer d’influencer prématurément le destin des réfugiés de Banshee y décèdent violemment, comme si tout symbole d’autorité était rejeté par l’organisme de la ville. La preuve, le vrai shérif Lucas Hood trouve la mort alors qu’il essaie de faire prévaloir sa fonction dès le premier épisode de la saison 1, annonçant ainsi la couleur.
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Rabbit (Ben Cross), le père d’Anastasia perdra tous ses hommes et frôlera la mort en tentant de ramener sa fille hors de Banshee dans la saison 1.
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Le seul personnage habilité à faire l’aller-retour entre ce lieu d’expiation et le monde des vivants est Job (Hoon Lee), de par sa nature d’ « Hermaphrodite », comme s’il avait hérité des pouvoirs de son géniteur Hermès (c’est d’ailleurs un peu lui qui conduit l’âme du faux Hood à Banshee avec ses capacités informatiques quasi divines, il est quasiment capable d’effacer le passé des humains).

Hermès, ou plutôt son fils Hermaphrodite, reprenant
le rôle de son paternel pour les âmes de Banshee
Hermès dans "Die Seelen des Acheron" (1898) ; Adolf Hiremy-Hirsch

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Laissez-vous tenter...



Bien d’autres éléments symboliques jalonnent la série et font cogiter le grand malade que je suis, à commencer par l’opening et ses photos légèrement malsaines évoluant au fil des épisodes, mais l’article est en train de flirter dangereusement avec les limites du TLDR. Je m’arrêterai donc là pour l’instant.
Je soulignerai juste que la bande son à base de Folk aux accents souvent crépusculaires s’accorde parfaitement avec l’ambiance de la série et la sublime même parfois (Toute création artistique utilisant du Meg Myers dans sa bande son gagne d’office mon respect).

Au final, montrez Banshee à vos amis, paradez fièrement à son bras, car lorsque les sceptiques plongeront leurs yeux dans les siens, ils sauront qu’elle cache quelque chose de profond derrière sa façade rugueuse et ses atours un peu vulgaires.

En France, la première saison de Banshee a été diffusée par Canal+, la seconde est en cours de diffusion sur la décidément très réactive Canal+ Series. À noter que vous pourrez vous procurer légalement l'intégrale de la première saison en Blu-Ray à partir du 23 juillet selon le site de la Fnac.




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